Les grandes dates de l'histoire des Vins de Porto.

Les vins de Porto ne sont pas produits à Porto (qui historiquement était le port d’expédition des vins où les négociants, notamment anglais, avaient leurs entrepôts et où le fleuve Douro rejoint la mer) mais 100 kilomètres plus loin à l’amont du fleuve, dans la région du Haut-Douro.

Il y a 3000 ans déjà on cultivait la vigne.

Bien que les vestiges archéologiques les plus anciens attestant la culture de la vigne et du vin dans la région (cuves, amphores…) ne datent que du Vème siècle avant notre ère, il semble que les Phéniciens aient remonté le Douro et cultivé des vignes sur ses berges il y a 3000 ans déjà.

bouteille de vin de Porto fine ruby de veira de sousa

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Au XIVème siècle : essort commercial du vin de Porto par les anglais

Le vignoble a connu un essor particulier à partir du XIVème siècle, pendant la guerre de 100 ans entre la France et l’Angleterre, lorsque les Anglais sont arrivés au Portugal pour diversifier leur approvisionnement en vin. Des liens commerciaux étroits se nouent dès cette époque entre le Portugal et l’Angleterre. En 1387 le roi Jean 1er du Portugal épouse une princesse anglaise et en 1662 c’est le roi d’Angleterre Charles II qui épouse la fille de Jean IV roi du Portugal.

Au XVIIème siècle, le Portugal et l’Angleterre signent le traité Methuen

Des négociants anglais s’installent au Portugal. En 1703 le Portugal et l’Angleterre signent le traité Methuen (du nom du négociateur anglais). Ce traité stipule que les droits de douane sur les vins portugais seront au maximum égaux aux deux tiers des droits appliqués sur les vins français, en échange de la levée des restrictions sur les importations de draps anglais au Portugal.

Au tout début du XVIIIème siècle on commence à ajouter de l’eau de vie dans le vin de Porto

Le commerce des vins de Porto commence alors sur une grande échelle. Au tout début du XVIIIème siècle l’habitude fut prise d’ajouter de l’eau de vie dans le vin juste après la fermentation afin de protéger le vin contre les maladies et d’améliorer son goût. À la même époque les outres en peau de chèvre qui cohabitaient avec les barriques furent abandonnées. Dans le vignoble du Haut Douro comme chez les expéditeurs affluait une main d’œuvre bon marché venant de l’industrie textile ruinée par le traité Methuen.

En 1727 profonde crise dans le vignoble portugais.

les négociants anglais établis au Portugal se regroupent en association pour imposer les prix les plus bas aux vignerons. Il s’ensuit alors une profonde crise dans le vignoble. La qualité des vins baisse (usage de jus de sureau comme colorant, dosage de l’alcool…) en même temps que les prix à la propriété s’effondrent.

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En 1756 le Marquis de Pombal met fin à la crise

Paradoxalement c’est le tremblement de terre de 1755 (40 000 morts à Lisbonne) et l’intervention du marquis de Pombal qui mit fin à cette crise. Pour financer la reconstruction du pays, le premier ministre que le roi avait doté des pleins pouvoirs, Sebastiao de Carvalho marquis de Pombal, crée des monopoles dont la Compagnie Vinicole du Douro en 1756.

La Compagnie Vinicole du Douro a d’abord délimité la région de production des vins de Porto en la balisant entièrement avec 335 bornes de granit. Puis elle partagea le vignoble en deux catégories de terroirs selon la qualité des vins pouvant y être produits. Pour ce faire elle s’appuya en particulier sur la nature des sols, préférant les sols schisteux plutôt que granitiques (les producteurs du Douro disent encore aujourd’hui qu’au clair de lune les quartz granitiques brillent alors que les schistes purs restent obscurs). La Compagnie Vinicole du Douro établit aussi un contrôle des quantités produites avec la fameuse règle du tiers qui interdit aux vignerons de vendre plus du tiers de leurs stocks en cours. La Compagnie décida enfin d’assurer seule le contrôle de la qualité des vins produits par les vignerons avec ses propres dégustateurs et elle fixa une fourchette de prix d’achat à la propriété pour les négociants. Pour asseoir définitivement sa puissance elle s’attribua le monopole de la vente d’eau de vie destinée à renforcer le vin. Dans le même temps le marquis de Pombal limita l’utilisation des engrais dans les meilleures zones de production et ordonna, en le vérifiant personnellement, l’arrachage de tout le sureau au nord du Portugal. D’une certaine façon le vin de Porto fut ainsi la première Appellation d’Origine Contrôlée au monde.

Malgré cet ensemble de mesures destiné bien sûr à affaiblir les Anglais dans la commercialisation du Porto mais aussi à améliorer les normes de production, le style du Porto et sa qualité sont restés fluctuants jusqu’au milieu du XIXème siècle. Les producteurs d’un côté et les négociants de l’autre ne communiquaient pas entre eux. La Compagnie Vinicole du Douro, forte de son monopole, commercialisait une eau de vie de mauvaise qualité (distillée à partir de figues, de raisins secs, de graines de caroubier…). Dans le Haut Douro les variations climatiques d’une année à l’autre, d’une vallée à l’autre donnaient des vendanges très irrégulières en qualité, avec un recours variable à l’eau de vie et à l’utilisation du jus de mûres qui avait remplacé le sureau…

1840 Le porto moderne

Ce n’est que dans les années 1840 qu’apparut un Porto ressemblant à celui que nous connaissons aujourd’hui. Charles Dickens parle ainsi d’un Tawny resté longtemps en barrique et d’une belle couleur claire. A la même époque des négociants commencent à acheter des quintas (fermes) dans le Douro, à produire eux-mêmes leurs vins et à expérimenter différents types d’élevage.

Après les destructions subies par le vignoble et provoquées d’abord par l’oïdium vers 1850 puis par le phylloxéra vers 1860, de nouvelles techniques vitivinicoles apparaissent : sélection des cépages, plantation et culture de la vigne, pratiques phytosanitaires, méthodes de vinification, maîtrise de l’élevage…

Les vins de Porto d’aujourd’hui, leur production, leur élevage et l’organisation du vignoble sont ainsi le fruit d’une Histoire plus que millénaire.

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